{"id":1232,"date":"2016-08-15T20:32:00","date_gmt":"2016-08-15T19:32:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/?p=1232"},"modified":"2016-08-15T21:20:18","modified_gmt":"2016-08-15T20:20:18","slug":"ketamine-revolution-anti-depression","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/ketamine-revolution-anti-depression\/","title":{"rendered":"DEPRESSION: un traitement r\u00e9volutionnaire"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">La K\u00e9tamine est une mol\u00e9cule d\u00e9j\u00e0 bien connue des\u00a0anesth\u00e9sistes. Elle serait en passe de d&rsquo;engendrer\u00a0l&rsquo;obsolescence imm\u00e9diate des traitements actuels de la d\u00e9pression. Bien\u00a0qu&rsquo;on dispose\u00a0d\u00e9j\u00e0 de m\u00e9dicaments ayant\u00a0fait preuve de leur efficacit\u00e9 sur la d\u00e9pression mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 s\u00e9v\u00e8re [il n\u2019est pas question des d\u00e9pressions l\u00e9g\u00e8res, accessibles \u00e0 la simple psychoth\u00e9rapie, voire \u00e0 l&rsquo;effet \u00ab\u00a0<em>prise en charge<\/em>\u00a0\u00bb asp\u00e9cifique qui fait la fortune des <em>pata<\/em>-th\u00e9rapeutes aux m\u00e9thodes non \u00e9prouv\u00e9es], force est de constater qu\u2019un tiers des d\u00e9pressions se r\u00e9v\u00e8leraient r\u00e9sistantes aux traitements antid\u00e9presseurs usuels. Compte tenu de la pr\u00e9valence importante de la d\u00e9pression dans la population g\u00e9n\u00e9rale, on comprend vite que ces d\u00e9pressions rebelles constituent un v\u00e9ritable enjeu de Sant\u00e9 Publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un m\u00e9dicament miracle pourrait bien supplanter les antid\u00e9presseurs classiques en offrant aux patients une probabilit\u00e9 d&rsquo;efficacit\u00e9\u00a0bien sup\u00e9rieure, sur des d\u00e9lais d\u2019action inesp\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le site sp\u00e9cialis\u00e9,\u00a0<em><a href=\"http:\/\/www.medscape.com\/viewarticle\/862747_3\">Medscape<\/a>,<\/em> cherche \u00e0 promouvoir un excellent article*, qui fait figure de r\u00e9f\u00e9rence internationale, sur le possible rem\u00e8de inesp\u00e9r\u00e9 pour\u00a0plusieurs troubles psychiques\u00a0: la k\u00e9tamine. <em>Choisirunmedecin<\/em> vous en propose la traduction int\u00e9grale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">*<em>Ketamine for Treatment-resistant Depression: Recent Developments and Clinical Applications<\/em> Jaclyn Schwartz; James W Murrough; Dan V Iosifescu\u00a0<strong>Evid Based Ment Health<\/strong>.\u00a02016;19(2):35-38.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Environ un tiers des patients souffrant de <strong>trouble d\u00e9pressif majeur<\/strong> (TDM) ne r\u00e9pondent pas aux antid\u00e9presseurs disponibles actuellement. Ceux qui y r\u00e9pondent favorablement doivent attendre g\u00e9n\u00e9ralement plusieurs semaines \u00e0 quelques mois pour obtenir un effet significatif. Il existe donc clairement une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019agir plus rapidement sur la d\u00e9pression, \u00e0 l\u2019aide de traitements plus efficaces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les auteurs de cet article passent en revue les d\u00e9couvertes r\u00e9centes portant sur la k\u00e9tamine [un ancien agent anesth\u00e9sique qui s\u2019est montr\u00e9 prometteur comme antid\u00e9presseur \u00e0 action rapide chez les patients r\u00e9sistants aux traitements usuels de la d\u00e9pression unipolaire], en se focalisant sur les aspects cliniques les plus essentiels, tels que <strong>la dose th\u00e9rapeutique, la voie d&rsquo;administration et de la dur\u00e9e de maintien du b\u00e9n\u00e9fice obtenu<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De nouvelles donn\u00e9es sugg\u00e8rent, de plus, que la k\u00e9tamine pourrait \u00eatre efficace chez les patients souffrant de <strong>d\u00e9pression bipolaire, d\u2019un \u00e9tat\u00a0de stress post-traumatique et d\u2019id\u00e9ations suicidaires aigu\u00ebs<\/strong>. Les auteurs discutent enfin de la <strong>s\u00e9curit\u00e9 d\u2019usage de la k\u00e9tamine<\/strong>\u00a0: les perturbations neuropsychiatriques, neurocognitives et cardiovasculaires sont pour la plupart de courte dur\u00e9e; mais, les effets \u00e0 long terme de la k\u00e9tamine sont encore peu connus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019article conclue enfin par l&rsquo;actualisation\u00a0d&rsquo;informations\u00a0fondamentales\u00a0concernant la k\u00e9tamine,\u00a0\u00e0 destination des prescripteurs . Elles illustrent l&rsquo;\u00e9mergence\u00a0de nouvelles donn\u00e9es susceptibles de\u00a0soutenir son usage potentiel dans la pratique m\u00e9dicale, et soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;enqu\u00eates plus approfondies de ses effets \u00e0 court et long terme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Introduction<\/strong><\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le trouble d\u00e9pressif majeur unipolaire (TDM) affecte environ 350 millions de personnes, ce qui en fait la principale cause d&rsquo;invalidit\u00e9 dans le monde entier, associ\u00e9e \u00e0 des cons\u00e9quences n\u00e9fastes en terme de sant\u00e9 publique. [1,2] Les traitements antid\u00e9presseurs actuellement prescrits, ciblant le syst\u00e8me monoaminergique (inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recruter de la s\u00e9rotonine), seraient susceptible de soulager les sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs chez la moiti\u00e9\u00a0seulement des patients. [3] Ces taux chutent significativement chez les patients qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 am\u00e9lior\u00e9s, par l\u2019essai de deux antid\u00e9presseurs ou plus, \u00e0 des doses et sur une dur\u00e9e ad\u00e9quates (crit\u00e8res de chimior\u00e9sistance). [4] Il en r\u00e9sulte des expositions inutiles, sur des dur\u00e9es prolong\u00e9es, \u00e0 des m\u00e9dicaments qui s\u2019av\u00e8reront inefficaces. En outre, les antid\u00e9presseurs n\u00e9cessitent g\u00e9n\u00e9ralement un d\u00e9lai de 6 \u00e0 12 semaines avant de pouvoir \u00e9valuer leur \u00e9ventuelle efficacit\u00e9. Il y a donc clairement un besoin inassouvi\u00a0en antid\u00e9presseurs plus efficaces et \u00e0 action rapide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De nouvelles preuves en faveur d\u2019un d\u00e9r\u00e8glement du syst\u00e8me glutamatergique et de la neuro-plasticit\u00e9 dans la d\u00e9pression [5] a guid\u00e9 la recherche sur de nouveaux traitements antid\u00e9presseurs alternatifs. La k\u00e9tamine a une action sur le syst\u00e8me glutamatergique, par antagonisme direct du r\u00e9cepteur N-m\u00e9thyl-D-aspartate. Inscrite par l&rsquo;O.M.S* sur la liste des m\u00e9dicaments essentiels, elle est utilis\u00e9e comme <strong>anesth\u00e9sique et prescrit hors A.M.M pour traiter la douleur chronique<\/strong>. [6,7] Depuis 2006, la recherche sur l&rsquo;utilisation de la k\u00e9tamine comme traitement de la d\u00e9pression a montr\u00e9 que des doses infra-anesth\u00e9siques (0,5 mg \/ kg), administr\u00e9es par voie intraveineuse (IV) durant\u00a040 Minutes de perfusion, peuvent avoir des <strong>effets antid\u00e9presseurs de survenue rapide sur les patients atteints de d\u00e9pression r\u00e9sistante<\/strong>. [8-10] Les m\u00e9canismes pr\u00e9sum\u00e9s des effets antid\u00e9presseurs de la k\u00e9tamine impliqueraient l&rsquo;activation de la plasticit\u00e9 synaptique par augmentation de la synth\u00e8se et de la s\u00e9cr\u00e9tion d\u2019un facteur neurotrophique (BDNF), ainsi que par inhibition enzymatique de la glycog\u00e8ne-synthase-kinase-3 (GSK-3). [11,12] Le BDNF est \u00e9galement associ\u00e9 \u00e0\u00a0la r\u00e9ponse clinique aux antid\u00e9presseurs classiques. Alors qu&rsquo;il faut plusieurs semaines pour agir sur la plasticit\u00e9 synaptique induite\u00a0par les antid\u00e9presseurs\u00a0classiques via l\u2019action du BDNF, les m\u00eames modifications\u00a0de plasticit\u00e9 synaptique semblent se produire <strong>en quelques heures seulement apr\u00e8s l&rsquo;administration de la k\u00e9tamine<\/strong>. [13] Les mod\u00e8les animaux sugg\u00e8rent que c&rsquo;est l&rsquo;inhibition de la GSK-3 dans l&rsquo;hippocampe et dans le cortex pr\u00e9frontal qui permettrait cet effet rapide sur la d\u00e9pression. [11,12] Les publications r\u00e9centes, traitant de la k\u00e9tamine dans la d\u00e9pression, ont port\u00e9e sur <strong>la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019usage, les diff\u00e9rentes m\u00e9thodes d&rsquo;administration et l&rsquo;efficacit\u00e9 de la k\u00e9tamine sur les diff\u00e9rents sympt\u00f4mes de la d\u00e9pression<\/strong>. Ils \u00e9tudient \u00e9galement les risques inh\u00e9rents aux abus d&rsquo;usage\u00a0de la k\u00e9tamine en dehors des param\u00e8tres m\u00e9dicaux. Ces \u00e9tudes sont men\u00e9es en partenariat avec le d\u00e9partement de recherche sur les crit\u00e8res d\u2019utilisation des nouveaux traitements de l&rsquo;Institut National de Sant\u00e9 Mentale Americain (NIMH). [14,15] La pr\u00e9sente revue de la litt\u00e9rature se concentre sur le d\u00e9veloppement r\u00e9cent de l\u2019utilisation de la k\u00e9tamine, ainsi que sur ses applications cliniques en soins primaires et secondaires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>M\u00e9thode<\/strong><\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les auteurs ont recueilli les articles pertinents par recherche, via les bases de donn\u00e9es m\u00e9dicales de <a href=\"http:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pubmed\"><em>PubMed<\/em><\/a> et de <a href=\"https:\/\/scholar.google.fr\/schhp?hl=fr\"><em>Google Scholar,<\/em><\/a>\u00a0 des publications \u00e9dit\u00e9es entre 1980 et F\u00e9vrier 2016. Aucune restriction de langue n\u2019a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e. La recherche a inclus les mots cl\u00e9s \u00ab\u00a0d\u00e9pression \u00bb, \u00ab k\u00e9tamine \u00bb, \u00ab chimio-r\u00e9sistance \u00bb, \u00ab soins primaires\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0antid\u00e9presseur\u00a0\u00bb. Ils se sont concentr\u00e9s sur les essais cliniques, parmi lesquelles les \u00e9tudes ouvertes et les \u00e9tudes randomis\u00e9es. Les r\u00e9f\u00e9rences bibliographiques desdits rapports identifi\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement utilis\u00e9es pour trouver d&rsquo;autres publications.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Comment les caract\u00e9ristiques des patients peuvent pr\u00e9dire la r\u00e9ponse au traitement et la dur\u00e9e de l\u2019effet obtenu ?<\/strong><\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs essais cliniques sugg\u00e8rent qu&rsquo;<strong>une seule dose de k\u00e9tamine<\/strong>, <strong>faible<\/strong> (0,5 mg \/ kg), et inject\u00e9e en IV\u00a0montre des r\u00e9sultats significatifs, avec un <strong>taux de r\u00e9ponse de 50-70% chez les patients pr\u00e9sentant une d\u00e9pression r\u00e9sistante<\/strong>. [16] Des recherches suppl\u00e9mentaires ont montr\u00e9 que les patients d\u00e9prim\u00e9s peuvent obtenir un soulagement des sympt\u00f4mes <strong>dans les 2 heures qui suivent l\u2019injection<\/strong>. L\u2019effet th\u00e9rapeutique <strong>peut durer jusqu&rsquo;\u00e0 2 semaines<\/strong> apr\u00e8s une seule administration de k\u00e9tamine intra-veineuse. [13]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les grandes diff\u00e9rences d\u2019estimations dans la dur\u00e9e de maintien de l&rsquo;effet antid\u00e9presseur de la k\u00e9tamine r\u00e9sultent\u00a0des diff\u00e9rences inter-individuelles dans les populations \u00e9tudi\u00e9es au sein des essais sur la k\u00e9tamine. Cette grande variabilit\u00e9 repose sur des caract\u00e9ristiques telles que l&rsquo;\u00e2ge, le sexe, la dur\u00e9e d\u2019\u00e9volution de la d\u00e9pression, l\u2019anciennet\u00e9 des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs trait\u00e9s, ainsi que sur les comorbidit\u00e9s (telles que le trouble d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, le stress post-traumatique, le trouble bipolaire). [17] Afin de rem\u00e9dier \u00e0 cette incertitude, Romeo et ses collaborateurs [17] ont men\u00e9 une m\u00e9ta-analyse bas\u00e9es sur six \u00e9tudes randomis\u00e9es contre placebo reprenant les\u00a0r\u00e9sultats d\u2019essais \u00ab\u00a0cross-over\u00a0\u00bb, randomis\u00e9s en double aveugle. Compar\u00e9e au placebo, la k\u00e9tamine y a consid\u00e9rablement <strong>r\u00e9duit la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la d\u00e9pression entre le 1<sup>er<\/sup> et le 7<sup>\u00e8me<\/sup> jour post-perfusion dans le cas de la d\u00e9pression unipolaire, mais seulement entre les jours 1 \u00e0 4 dans le trouble bipolaire<\/strong>. [10,17] M\u00eame si l&rsquo;objet de cette \u00e9tude porte sur la d\u00e9pression majeure unipolaire, il est important de noter que la k\u00e9tamine \u00e9tait associ\u00e9e \u00e0 une plus grande am\u00e9lioration aux jours 1, 2, 3, 4 et 7 chez les participants souffrant de d\u00e9pression majeure unipolaire compar\u00e9e \u00e0 la d\u00e9pression bipolaire. [17] L\u2019apparente dur\u00e9e plus courte de effet de la k\u00e9tamine dans la d\u00e9pression bipolaire est essentielle pour la planification de la fr\u00e9quence d\u2019administration du traitement dans la pratique clinique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours pour\u00a0r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des \u00e9chantillons \u00e9tudi\u00e9s, des m\u00e9ta-analyses ont \u00e9valu\u00e9 l\u2019impact de troubles anxieux comorbides, de l&rsquo;histoire des prescriptions pass\u00e9es, ainsi que de l\u2019anciennet\u00e9 du trouble d\u00e9pressif et de l&rsquo;\u00e9pisode en cours, pour rendre compte des diff\u00e9rences observ\u00e9es dans l&rsquo;am\u00e9lioration de la d\u00e9pression par la k\u00e9tamine compar\u00e9e au placebo. <strong>Aucune relation significative n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e entre l&rsquo;une de ces variables et les diff\u00e9rences moyennes de r\u00e9mission sous k\u00e9tamine et sous placebo<\/strong>. [17] Ceci est cliniquement tr\u00e8s important, car toutes ces variables cliniques sont traditionnellement associ\u00e9s \u00e0 une mauvaise r\u00e9ponse aux antid\u00e9presseurs traditionnels. [18]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il convient de noter, que la k\u00e9tamine IV a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e comme <strong>efficace dans le traitement du stress post traumatique<\/strong>. [19] La k\u00e9tamine peut donc se r\u00e9v\u00e9ler b\u00e9n\u00e9fique pour ces populations, qui sont moins susceptibles de r\u00e9agir aux antid\u00e9presseurs classiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En outre, dans l&rsquo;\u00e9valuation des diff\u00e9rences entre les r\u00e9pondeurs \u00e0 une seule perfusion de k\u00e9tamine IV par rapport aux non r\u00e9pondeurs, il n&rsquo;y avait pas de diff\u00e9rence dans les\u00a0nombreuses caract\u00e9ristiques d\u00e9mographiques et cliniques. [16] Un test neuropsychologique montre tout au plus qu\u2019<strong>une vitesse de traitement plus lente au d\u00e9part du traitement pr\u00e9dit une plus grande am\u00e9lioration de la d\u00e9pression dans les 24 heures post-administration<\/strong>. [20] Il faut noter que des \u00e9tudes ant\u00e9rieures ont constat\u00e9 une corr\u00e9lation inverse pour les antid\u00e9presseurs classiques, une vitesse de traitement lente pr\u00e9disant un mauvais pronostic. [21]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au del\u00e0 de ces r\u00e9sultats, <strong>un indice de masse corporelle \u00e9lev\u00e9, les ant\u00e9c\u00e9dents familiaux d&rsquo;alcoolisme et la d\u00e9pression anxieuse<\/strong> peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des <strong>pr\u00e9dicteurs cliniques de bonne efficacit\u00e9 au traitement par k\u00e9tamine<\/strong>. [22]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le traitement par k\u00e9tamine, dans la pratique clinique, peut potentiellement cibler les patients s\u00e9v\u00e8rement d\u00e9prim\u00e9s avec\u00a0troubles cognitifs et\/ou pr\u00e9sentant de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Est-ce que la voie d&rsquo;administration (IV ou intranasale) et l\u2019existence de traitement associ\u00e9 influe sur l&rsquo;efficacit\u00e9?<\/strong><\/span><\/h1>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><strong>Le mode d&rsquo;administration peut influencer l&rsquo;efficacit\u00e9 de la k\u00e9tamine dans le traitement du trouble d\u00e9pressif majeur.<\/strong> Dans plusieurs m\u00e9ta-analyses, les sympt\u00f4mes de d\u00e9pression sont significativement am\u00e9lior\u00e9s apr\u00e8s l&rsquo;administration intraveineuse\u00a0de la k\u00e9tamine par rapport au placebo. [9,14] Bien que plusieurs m\u00e9ta-analyses ont compar\u00e9 la dur\u00e9e de l&rsquo;effet antid\u00e9presseur de la k\u00e9tamine IV par rapport \u00e0 une prise intranasale (IN) [10,17] et ont conclu qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de diff\u00e9rence entre les deux voies d\u2019administration, la comparaison est chaque fois bas\u00e9e sur une seule et unique \u00e9tude concernant\u00a0la k\u00e9tamine en IN [23], \u00e0 partir d&rsquo;un \u00e9chantillon de 20 participants seulement. De plus grandes \u00e9tudes sur la voie IN d&rsquo;administration, parrain\u00e9es par Janssen, ont r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 termin\u00e9es ou sont encore en cours, en utilisant la S-k\u00e9tamine (le S-\u00e9nantiom\u00e8re de la k\u00e9tamine rac\u00e9mique) en intra-nasal. Celles-ci seront en mesure de mieux estimer la dur\u00e9e de l&rsquo;effet, le dosage et la fr\u00e9quence optimale de l&rsquo;administration IN.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Il est \u00e9galement important d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;interaction entre les\u00a0traitements antid\u00e9presseurs en courset la k\u00e9tamine, voire l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une strat\u00e9gie\u00a0de potentialisation (par exemple, par les anxiolytiques, les neuroleptiques, les stabilisateurs de l&rsquo;humeur). Dans la majorit\u00e9 des essais cliniques \u00e0 ce jour un sevrage en m\u00e9dicaments concomitants a \u00e9t\u00e9 un crit\u00e8re d&rsquo;inclusion des patients. Seulement quelques-uns ont test\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 de la k\u00e9tamine en compl\u00e9ment d&rsquo;un traitement antid\u00e9presseur en cours ou de la th\u00e9rapie par \u00e9lectrochocs (ECT). Les deux mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9tude ont montr\u00e9 que la k\u00e9tamine est efficace dans l&rsquo;am\u00e9lioration de la d\u00e9pression. [8,9] Par cons\u00e9quent, <strong>dans la pratique clinique, il ne serait pas n\u00e9cessaire pour les m\u00e9decins d\u2019interrompre les traitements antid\u00e9presseurs en cours chez leurs patients<\/strong>. [9]<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Efficacit\u00e9 d&rsquo;une injection unique intra-veineuse compar\u00e9e aux injections r\u00e9p\u00e9t\u00e9es.<\/strong><\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des doses uniques de k\u00e9tamine en intraveineuse ont montr\u00e9, chaque fois, un maintien de l&rsquo;efficacit\u00e9 antid\u00e9pressive pendant 7 jours. Peu d&rsquo;\u00e9tudes ont \u00e9tudi\u00e9 les effets d\u2019administrations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de k\u00e9tamine. Lors d&rsquo;un essai testant l&rsquo;effet de six perfusions IV de k\u00e9tamine r\u00e9parties sur 2 semaines, 70,8% des 24 patients souffrant de d\u00e9pression unipolaire et vierges de tout traitement, a pr\u00e9sent\u00e9\u00a0une dur\u00e9e moyenne de maintien de l\u2019effet th\u00e9rapeutique obtenu pendant 18 jours [24]; le niveau de r\u00e9ponse apr\u00e8s les six perfusions IV de k\u00e9tamine a \u00e9t\u00e9 fortement pr\u00e9dite par la r\u00e9action obtenue 4 heures apr\u00e8s la premi\u00e8re perfusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En revanche, dans une \u00e9tude portant sur 28 participants d\u00e9prim\u00e9s, unipolaires ou bipolaires avec un traitement antid\u00e9presseur en cours, on a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 trois ou \u00e0 six injections IV de k\u00e9tamine sur plus de 3 semaines; 29% des patients ont r\u00e9pondu au traitement par\u00a0k\u00e9tamine. [25] Dans cette \u00e9tude, 11% des patients ont r\u00e9pondu dans les 6 premi\u00e8res heures qui suivirent la premi\u00e8re\u00a0perfusion, et l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9\u00a0des r\u00e9pondeurs \u00e0 la\u00a0k\u00e9tamine avaient\u00a0eu une r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique avant la troisi\u00e8me perfusion. La dur\u00e9e de maintien de l\u2019effet apr\u00e8s la derni\u00e8re perfusion fut comprise entre 25 et 168 jours. [25]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9pit de leurs diff\u00e9rences, les deux \u00e9tudes [24,25] ont conclu que <strong>la r\u00e9ponse \u00e0 une s\u00e9rie d&rsquo;administrations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es k\u00e9tamine pourrait \u00eatre pr\u00e9dite d\u00e8s la premi\u00e8re ou les deux premi\u00e8res perfusions<\/strong>. Ceci est tr\u00e8s important pour la pratique clinique car la poursuite des administrations de k\u00e9tamine ne serait justifi\u00e9e que chez les patients ayant pr\u00e9sent\u00e9\u00a0une r\u00e9ponse pr\u00e9coce au traitement exp\u00e9rimental (d\u00e8s les deux premi\u00e8res sessions).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs \u00e9tudes sont en cours pour \u00e9tudier l&rsquo;innocuit\u00e9* et l&rsquo;efficacit\u00e9 de perfusions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de k\u00e9tamine. Une \u00e9tude \u00ab\u00a0multi-sites\u00a0\u00bb comparant la k\u00e9tamine administr\u00e9es en IV suivant un protocole de deux fois par semaine ou de trois fois par semaine sur une p\u00e9riode de 1 mois s\u2019est r\u00e9cemment termin\u00e9e; la publication des r\u00e9sultats est en cours. Une autre \u00e9tude finalis\u00e9e a explor\u00e9 l\u2019effet d\u2019auto-administrations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de k\u00e9tamine par voie intra-nasale sur une p\u00e9riode de 2 semaines. D\u2019autres essais cliniques compl\u00e9mentaires sont actuellement en cours pour \u00e9tudier les effets \u00e0 long terme des administrations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de k\u00e9tamine, en sus\u00a0d\u2019un autre traitement antid\u00e9presseur. Les effets d\u2019auto-administrations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es auront \u00e9galement besoin de recherches plus approfondies puisque cette intervention prometteuse a l\u2019int\u00e9r\u00eat d&rsquo;une plus grande accessibilit\u00e9, mais augmente \u00e9galement le risque de d\u00e9tournement (car l&rsquo;effet ressenti \u00e0 la prise de k\u00e9tamine est susceptible de g\u00e9n\u00e9rer des abus en cette substance\u00a0aux effets psychoatifs).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Effets de la k\u00e9tamine sur les id\u00e9es suicidaires, l\u2019anh\u00e9donie et la cognition.<\/strong><\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les id\u00e9ations suicidaires font parties des sympt\u00f4mes cliniques les plus fr\u00e9quents dans la d\u00e9pression et en constituent la principale cause de d\u00e9c\u00e8s [26,27] La majorit\u00e9 des \u00e9tudes portant sur l&rsquo;efficacit\u00e9 de la k\u00e9tamine sur la d\u00e9pression excluaient les patients pr\u00e9sentant un risque\u00a0imminent de suicide. Cependant, les patients rapportant des id\u00e9es suicidaires d\u2019intensit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e restaient inclus dans les essais cliniques. Les r\u00e9sultats montrent alors syst\u00e9matiquement une diminution significative des id\u00e9ations suicidaires apr\u00e8s l&rsquo;administration de la k\u00e9tamine. [9,27] Dans une \u00e9tude \u00e9valuant l&rsquo;effet de la k\u00e9tamine sur la <em>suicidalit\u00e9<\/em>\u00a0de patients souffrant de d\u00e9pression r\u00e9sistante, des \u00a0prises uniques de k\u00e9tamine ont diminu\u00e9 \u00e0 la fois l\u2019intensit\u00e9 d\u00e9pressive et les id\u00e9es suicidaires, avec une am\u00e9lioration qui se maintenait jusqu&rsquo;\u00e0 2 semaines en cas de\u00a0protocole de perfusions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. [28,27] Dans une \u00e9tude portant sur 14 patients souffrant de d\u00e9pression majeure avec id\u00e9es suicidaires, admis aux urgences, une dose unique de k\u00e9tamine (0,20 mg\/kg) administr\u00e9e sur\u00a01-2 min (contrairement \u00e0 la posologie la plus fr\u00e9quente de 0,50 mg\/kg administr\u00e9e sur plus de 40 min) a r\u00e9duit de fa\u00e7on significative l\u2019intensit\u00e9 suicidaire, r\u00e9\u00e9valu\u00e9e \u00e0 40 min post-perfusion. [29,27] Une plus grande \u00e9tude sur\u00a024 patients suicidaires, pr\u00e9sentant divers troubles l&rsquo;humeur et des troubles anxieux, admis en unit\u00e9s d\u2019hospitalisation psychiatrique, a montr\u00e9 une am\u00e9lioration rapide (dans les 24 heures) des id\u00e9es suicidaires apr\u00e8s perfusion IV de k\u00e9tamine par rapport au midazolam*. [30] \u00a0<strong>Cette am\u00e9lioration rapide des id\u00e9es suicidaires met en \u00e9vidence l&rsquo;utilit\u00e9 de la k\u00e9tamine dans les situations cliniques qui n\u00e9cessitent\u00a0une intervention en urgence, par existence\u00a0d\u2019id\u00e9es ou de comportements suicidaires<\/strong>. Il est encore difficile de d\u00e9terminer les propri\u00e9t\u00e9s anti-suicidaire de la k\u00e9tamine \u00e9tant donn\u00e9 que les \u00e9tudes de recherche excluent en g\u00e9n\u00e9ral l\u2019individu \u00e0 haut risque suicidaire. Cependant, les recherches se poursuivent pour \u00e9tudier les possibles m\u00e9canismes physiopathologiques neuro-inflammatoires qui sous-tendraient le risque suicidaire et expliqueraient donc les propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques de la k\u00e9tamine. [27]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une revue des propri\u00e9t\u00e9s anti-suicidaires de la k\u00e9tamine montre une <strong>r\u00e9duction significative des cognitions n\u00e9gatives et de l\u2019anh\u00e9donie<\/strong> apr\u00e8s son administration, fournissant des preuves sur les effets protecteurs sp\u00e9cifiques de la k\u00e9tamine pour\u00a0la survie. [27] Ue autre\u00a0revue de la litt\u00e9rature, compos\u00e9e d\u2019\u00e9tudes cliniques ouvertes, r\u00e9v\u00e8le qu\u2019une intensit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re d\u2019id\u00e9ation suicidaire avant le traitement peut \u00eatre associ\u00e9e avec une meilleure r\u00e9ponse au traitement dans les 24 heures qui suivent l\u2019administration de k\u00e9tamine. [31] Des recherches r\u00e9centes sugg\u00e8rent, en outre, que <strong>les effets anti-suicidaires sp\u00e9cifiques de la k\u00e9tamine pourraient \u00eatre li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration des fonctions cognitives, \u00e9motionnelles, et ex\u00e9cutives<\/strong> (de la m\u00e9moire, de la flexibilit\u00e9 cognitive, de la capacit\u00e9 de planification et d&rsquo;inhibition comportementale,\u00a0par exemple); impliquant les r\u00e9seaux neuronaux du cortex pr\u00e9frontal sur l\u2019am\u00e9lioration de la d\u00e9pression comme sur\u00a0la cognition. [31] Lally et ses collaborateurs [32] ont \u00e9galement rapport\u00e9 que, suite \u00e0 une seule dose de k\u00e9tamine en IV, 87% des patients montrait\u00a0une am\u00e9lioration de leur anh\u00e9donie 4 heures apr\u00e8s la perfusion. Comme l\u2019am\u00e9lioration de l&rsquo;anh\u00e9donie \u00e9tait corr\u00e9l\u00e9e avec l&rsquo;am\u00e9lioration de la d\u00e9pression en g\u00e9n\u00e9rale, [32] il est difficile de savoir si l&rsquo;am\u00e9lioration de l&rsquo;anh\u00e9donie est vraiment sp\u00e9cifique (ou simplement provoqu\u00e9e par l&rsquo;effet antid\u00e9presseur global). \u00c9tant donn\u00e9 qu\u2019une d\u00e9ficience du syst\u00e8me de r\u00e9compense du cerveau est associ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9pression, la suicidalit\u00e9 et l&rsquo;anh\u00e9donie, il est probable que les cibles de la k\u00e9tamine comprennent ce circuit neuronal, qui concerne\u00a0la partie dorsale du cortex cingulaire ant\u00e9rieur, le cortex orbito-frontal, l&rsquo;hippocampe et les noyaux gris centraux. [15, 31,33]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">I<strong>l est important que les m\u00e9decins soient conscients que les tableaux cliniques, incluant la d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re, l\u2019anh\u00e9donie, les id\u00e9es suicidaires et\/ou des troubles cognitifs ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement associ\u00e9s \u00e0 des r\u00e9sultats positifs apr\u00e8s administrations de k\u00e9tamine en IV.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>S\u00e9curit\u00e9 et risque d&rsquo;abus<\/strong><\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">La k\u00e9tamine est reconnue comme\u00a0<strong>s\u00fbre et efficace en tant qu&rsquo;anesth\u00e9sique chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adulte<\/strong>, \u00e0\u00a0des posologies\u00a0comprises entre 1 et 3 mg\/kg. [16] Lorsqu&rsquo;on\u00a0l&rsquo;utilise comme traitement de la douleur et de la d\u00e9pression, la k\u00e9tamine est\u00a0administr\u00e9e \u00e0 des doses allant de 0,1 \u00e0 1 mg \/kg. Ces quantit\u00e9s\u00a0infra-anesth\u00e9siques peuvent toutefois \u00eatre associ\u00e9es \u00e0 des effets neuropsychiatriques de courte dur\u00e9e, parmi lesquels des troubles neurocognitifs, des troubles sensori-moteurs ou dissociatifs. On note \u00e9galement de br\u00e8ves augmentations de la fr\u00e9quence cardiaque et de la pression art\u00e9rielle. [16] Jusqu&rsquo;\u00e0 4 h apr\u00e8s l&rsquo;administration de la k\u00e9tamine, les effets ind\u00e9sirables fr\u00e9quemment relev\u00e9s\u00a0incluent des \u00e9tourdissements, une vision floue, des maux de t\u00eate, des naus\u00e9es et\/ou des vomissements, une s\u00e9cheresse de la bouche, une agitation psychomotrice et des troubles\u00a0de la coordination ainsi que de la concentration. [8] Les publications internationales qui \u00e9tudient l&rsquo;effet de la k\u00e9tamine sur\u00a0la d\u00e9pression, recens\u00e9es par des m\u00e9ta-analyses, ne signalent que des effets secondaires b\u00e9nins, tels que\u00a0: bouche s\u00e8che, tachycardie, ainsi qu\u2019une augmentation de la pression art\u00e9rielle et des ph\u00e9nom\u00e8nes de dissociation, survenant pendant les 40 min d\u2019administration de la k\u00e9tamine et bri\u00e8vement apr\u00e8s. [8,9,14] Quoi qu&rsquo;il en soit, les patients ayant des ant\u00e9c\u00e9dents de maladie cardio-vasculaire justifient\u00a0une surveillance tensionnelle attentive, puisque que des \u00e9l\u00e9vations br\u00e8ves de la pression sanguine pourraient s\u2019av\u00e9rer probl\u00e9matique. [9]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Historiquement, la k\u00e9tamine a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e comme une substance \u00e0 vis\u00e9e r\u00e9cr\u00e9ative. [15] Les potentiels abus \u00a0d\u2019usage doivent donc constituer une pr\u00e9occupation clinique et un axe de recherche n\u00e9cessaires. Comme l&rsquo;utilisation de k\u00e9tamine pour traiter la d\u00e9pression reste encore un traitement\u00a0exp\u00e9rimental, il est important de tenir compte des \u00e9ventuels effets non encore\u00a0observ\u00e9s\u00a0sur le long cours, fonction des posologies\u00a0et des fr\u00e9quences d&rsquo;administration. Une utilisation sur le long terme\u00a0de la k\u00e9tamine n\u00e9cessite de surveiller r\u00e9guli\u00e8rement les \u00e9ventuels\u00a0effets secondaires, tels que les troubles cognitifs l\u00e9gers ou les cystites urinaires. [22] Compte tenu de l&rsquo;incertitude portant sur les effets de la k\u00e9tamine administr\u00e9e au long cours \u00e0 des doses infra-anesth\u00e9siques, il est important de conna\u00eetre\u00a0et rep\u00e9rer la survenue de troubles cognitifs connus chez les usagers de cette substance (tout en reconnaissant que les usagers\u00a0m\u00e9langent fr\u00e9quemment les multiples substances psychoactives dont ils abusent). Les abuseurs r\u00e9guliers\u00a0de k\u00e9tamine pr\u00e9sentent\u00a0en effet des troubles de la m\u00e9moire sur 1 an. [31] Cependant, les patients\u00a0d\u00e9prim\u00e9s r\u00e9sistants qui se voient administrer de la k\u00e9tamine IV, \u00e0 moins fr\u00e9quence et \u00e0 des doses plus faibles, montrent, eux, une am\u00e9lioration des leurs performances cognitives. [31]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Le r\u00f4le des m\u00e9decins de premi\u00e8re ligne et des sp\u00e9cialistes <\/strong><\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong>Les m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes, en premi\u00e8re ligne, doivent conna\u00eetre la pr\u00e9valence \u00e9lev\u00e9e des d\u00e9pressions, la fr\u00e9quence des r\u00e9sistances en leur sein, ainsi que la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du handicap qui en d\u00e9coule. Ce sont ces praticiens qui seront couramment\u00a0le premier contact m\u00e9dical pour les patients souffrant de d\u00e9pression. [34] \u00c9tant donn\u00e9 que les antid\u00e9presseurs actuels sont inefficaces\u00a0chez environ un tiers des patients pr\u00e9sentant une d\u00e9pression majeure [8], il est important pour les m\u00e9decins de savoir rep\u00e9rer\u00a0ces chimio-r\u00e9sistances et d&rsquo;\u00eatre au courant des traitements alternatifs \u00e9mergents tel que la k\u00e9tamine. Un relai vers des soins sp\u00e9cialis\u00e9s et\/ou des consultations aupr\u00e8s de psychiatres peuvent \u00eatre n\u00e9cessaires pour les patients difficiles \u00e0 traiter. [34] Cette coordination\u00a0entre g\u00e9n\u00e9ralistes et sp\u00e9cialistes est essentielle pour traiter efficacement une maladie omnipr\u00e9sente, comme la d\u00e9pression. Comme la k\u00e9tamine est approuv\u00e9e comme anesth\u00e9sique par la Food and Drug Administration (FDA), mais pas encore comme antid\u00e9presseur, c&rsquo;est hors A.M.M* que certains sp\u00e9cialistes (psychiatres et\/ou anesth\u00e9sistes) administrent la k\u00e9tamine \u00a0dans la pratique\u00a0clinique. La voie d&rsquo;administration et la posologie se basent sur les r\u00e9sultats prometteurs montr\u00e9s par les essais cliniques, tout en reconnaissant que tr\u00e8s peu d\u2019informations existent pour guider le traitement initi\u00e9 par k\u00e9tamine au del\u00e0 des\u00a06 \u00e0 12 premi\u00e8res perfusions. Des institutions m\u00e8nent actuellement des essais en recherche clinique sur l&rsquo;optimisation des effets de la k\u00e9tamine. Il n&rsquo;y a donc pas encore de protocole normalis\u00e9 pour l\u2019administration\u00a0de la k\u00e9tamine sur\u00a0la d\u00e9pression, en dehors du cadre de la recherche. \u00c0 ce jour, tous les essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s sur la d\u00e9pression r\u00e9sistante ont utilis\u00e9 une dose de 0,5 mg\/kg avec des preuves convergentes et prometteuses d&rsquo;efficacit\u00e9. Cependant, une \u00e9tude en cours parrain\u00e9 par le NIMH am\u00e9ricain \u00e9tablirait, plus largement, la dose optimale de k\u00e9tamine par voie\u00a0intraveineuse, pour la d\u00e9pression r\u00e9sistante, dans une fourchette th\u00e9rapeutique comprise entre 0,1 et 1,0 mg\/kg.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Conclusion<\/strong><\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un nombre croissant de recherches confirme la grande efficacit\u00e9 de la k\u00e9tamine comme traitement \u00e0 action rapide sur\u00a0la d\u00e9pression unipolaire r\u00e9sistante au traitement, la d\u00e9pression bipolaire et le stress post-traumatique.<\/strong> Pour aboutir \u00e0 une utilisation plus large\u00a0et plus accessible de la k\u00e9tamine, il est indispensable que les m\u00e9decins soient inform\u00e9s\u00a0des conditions strictes\u00a0dans lesquelles la k\u00e9tamine a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e, y compris sur les crit\u00e8res de bonne r\u00e9ponse au traitement au sein des m\u00eames essais cliniques. Pour qu\u2019un sp\u00e9cialiste puisse recommander de mani\u00e8re appropri\u00e9e ce traitement, il est n\u00e9cessaire qu\u2019il soit familiaris\u00e9 avec <strong>les facteurs pr\u00e9dictifs de la r\u00e9ponse clinique, parmi lesquels un IMC \u00e9lev\u00e9, les ant\u00e9c\u00e9dents familiaux d\u2019alcoolisme (lien de premier degr\u00e9), la dimension anxieuse de la d\u00e9pression<\/strong> [22] <strong>et le ralentissement cognitif<\/strong> (faible vitesse de traitement). [35] Cependant, les larges \u00e9carts dans la dur\u00e9e de maintien de la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique, ainsi que la diversit\u00e9 de pr\u00e9sentation clinique des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs, font qu&rsquo;il reste difficile de pr\u00e9dire l&rsquo;efficacit\u00e9 de la k\u00e9tamine. [22] Les recherches en cours examinent les possibles pr\u00e9dicteurs biologiques de r\u00e9ponse \u00e0 la k\u00e9tamine, notamment, en g\u00e9n\u00e9tique et par des facteurs\u00a0neurobiologiques centraux et p\u00e9riph\u00e9riques [22]\u00a0; mais il est pr\u00e9matur\u00e9 de recommander leur application\u00a0dans la pratique clinique. L&rsquo;effet antid\u00e9presseur de la k\u00e9tamine d\u00e9pend fortement de processus biochimiques en lien \u00e0 une\u00a0interaction cibl\u00e9e avec le r\u00e9cepteur du glutamate, qui doivent encore \u00eatre compris chez l&rsquo;homme, afin de potentiellement pouvoir d\u00e9velopper des proc\u00e9dures\u00a0appropri\u00e9es pour la prescription \u00a0de la k\u00e9tamine. [22]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>En conclusion, un nombre important d&rsquo;\u00e9tudes soutiennent l&rsquo;efficacit\u00e9 de la k\u00e9tamine comme un traitement \u00e0 action rapide pour les patients atteints de d\u00e9pression r\u00e9sistante, alors que certaines \u00e9tudes sugg\u00e8rent \u00e9galement une efficacit\u00e9 dans la d\u00e9pression bipolaire, le stress post-traumatique et chez les personnes\u00a0qui pr\u00e9sentent des id\u00e9es suicidaires aigues. \u00c0 ce stade, les cliniciens et les patients doivent \u00eatre conscients\u00a0du niveau limit\u00e9 d\u2019information disponible concernant le dosage optimal et les suppos\u00e9s effets \u00e0 long terme du traitement par k\u00e9tamine. Il est l\u00e9gitime, cependant, de se montrer relativement optimiste et de consid\u00e9rer\u00a0que la k\u00e9tamine a bien le potentiel pour devenir un outil tr\u00e8s important dans le traitement des troubles de l&rsquo;humeur s\u00e9v\u00e8res et des troubles anxieux<\/strong>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Lexiques<\/strong><\/span><\/h1>\n<ul>\n<li>O.M.S: Organisation Mondiale de la Sant\u00e9.<\/li>\n<li>innocuit\u00e9: qualit\u00e9 (de quelque chose) qui ne cause aucun dommage mat\u00e9riel, principalement organique.<\/li>\n<li>midazolam: mol\u00e9cule appartenant \u00e0 la famille des anxiolytiques benzodiaz\u00e9pines.<\/li>\n<li>A.M.M: Autorisation de Mise sur le March\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/span><\/h1>\n<ol>\n<li>Marcus M, Yasamy MT, van, <em>et al<\/em>. <em>Depression: a global public health concern<\/em>. WHO Department of Mental Health and Substance Abuse.<\/li>\n<li>Papakostas GI, Ionescu DF. Towards new mechanisms: an update; on therapeutics for treatment-resistant major depressive disorder. <em>Mol Psychiatry<\/em> 2015;10:1142\u201350.<\/li>\n<li>Undurraga J, Baldessarini RJ. Randomized, placebo-controlled trials of antidepressants for acute major depression: thirty-year meta-analytic review. <em>Neuropsychopharmacology<\/em> 2011;37:851\u201362.<\/li>\n<li>Malhi GS, Byrow Y. Is treatment-resistant depression a useful concept? <em>Evid Based Mental Health<\/em> 2016;19:1\u20133.<\/li>\n<li>Sanacora G, Zarate CAJr, Krystal JH, <em>et al<\/em>. Targeting the glutamatergic system to develop novel, improved therapeutics for mood disorders. <em>Nat Rev Drug Discov<\/em> 2008;7:426\u201337.<\/li>\n<li>Mathew SJ, Shah A, Lapidus K, <em>et al<\/em>. Ketamine for treatment-resistant unipolar depression. <em>CNS Drugs<\/em> 2012;26:189\u2013204.<\/li>\n<li>WHO Recommends against international control of ketamine. 2016. <a href=\"http:\/\/www.who.int\/medicines\/access\/controlled-substnaces\/recommends_against_ick.en\/\">http:\/\/www.who.int\/medicines\/access\/controlled-substnaces\/recommends_against_ick.en\/<\/a><\/li>\n<li>Murrough JW, Iosifescu DV, Chang LC, <em>et al<\/em>. An antidepressant efficacy of ketamine in treatment-resistant major depression: a two-site randomized controlled trial. <em>Am J Psychiatry<\/em> 2013;170: 1134\u201342.<\/li>\n<li>Fond G, Loundou A, Rabu C, <em>et al<\/em>. Ketamine administration in depressive disorders: a systematic review and meta-analysis. <em>Psychopharmacology (Berl)<\/em> 2014;231:3663\u201376.<\/li>\n<li>McGirr A, Berlim MT, Bond DJ, <em>et al<\/em>. 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