{"id":1748,"date":"2017-06-04T16:53:48","date_gmt":"2017-06-04T15:53:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/?p=1748"},"modified":"2018-08-28T22:42:28","modified_gmt":"2018-08-28T21:42:28","slug":"le-lithium-nouvelle-piste-anti-cancer-ou-simple-biais-de-confusion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/le-lithium-nouvelle-piste-anti-cancer-ou-simple-biais-de-confusion\/","title":{"rendered":"Le lithium : nouvelle piste anti-cancer ou simple biais de confusion ?"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9niables progr\u00e8s, la m\u00e9decine reste dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;expliquer avec pr\u00e9cision\u00a0les m\u00e9canismes d&rsquo;action qui sous-tendent\u00a0certains de ses traitements. Nombreux sont pourtant reconnus comme efficaces. Par ailleurs,\u00a0bien des maux demeurent le champs d&rsquo;investigations \u00e0 la recherche de\u00a0leur\u00a0<em>talon d&rsquo;Achille<\/em>. Les \u00e9tudes alors men\u00e9es r\u00e9servent parfois des d\u00e9nouements inattendus, des conclusions impr\u00e9vues, des scenarii\u00a0inesp\u00e9r\u00e9s. Il faut donc persister \u00e0 proc\u00e9der par t\u00e2tonnements. De s&rsquo;inspirer d&rsquo;observations empiriques, voire des intuitions d&rsquo;experts. L&rsquo;imagination demeure\u00a0ainsi autoris\u00e9e par la science. Elle doit cependant rester soumise \u00e0 l&rsquo;implacable verdict d&rsquo;une confirmation par l&rsquo;exp\u00e9rimentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9couvertes fortuites de strat\u00e9gies m\u00e9dicamenteuses ont \u00a0permis de r\u00e9volutionner les moyens de lutte contre les maladies. Il y a 1 si\u00e8cle Fleming d\u00e9couvrait accidentellement la p\u00e9nicilline. Des scientifiques s&rsquo;interrogent aujourd&rsquo;hui sur le\u00a0possible effet <em>anti-cancer<\/em> d&rsquo;un r\u00e9gulateur d&rsquo;humeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un r\u00e9cent article du British Journal of Psychiatry nous livre les raisons de cet engouement inattendu. Voici la traduction du r\u00e9sum\u00e9, tel qu&rsquo;accessible dans la banque de donn\u00e9es <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pubmed\/27388574\">PubMed<\/a>.<\/p>\n<h4><u>R\u00e9sum\u00e9<\/u><\/h4>\n<pre style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Abstract de l'\u00e9tude<\/span><\/strong>\r\n\r\n<span lang=\"fr\"><span style=\"text-decoration: underline;\">D\u00e9claration d'int\u00e9r\u00eat<\/span>: Aucun. <\/span>\r\n\r\n<span lang=\"fr\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Contexte<\/span>: Le lithium inhibe la glycog\u00e8ne synthase kinase-3, qui est une enzyme impliqu\u00e9e dans la pathogen\u00e8se du cancer. <\/span>\r\n\r\n<span lang=\"fr\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Objectif<\/span>: Enqu\u00eater sur l'association entre le lithium et le risque de cancer chez les patients atteints de trouble bipolaire. <\/span>\r\n\r\n<span lang=\"fr\"><span style=\"text-decoration: underline;\">M\u00e9thode<\/span>: Une \u00e9tude de cohorte r\u00e9trospective a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue \u00e0 l'aide de la base de donn\u00e9es nationale pour la recherche de l'assurance maladie (NHIRD) \u00e0 Taiwan. Les patients utilisant du lithium \u00e9taient index\u00e9s selon la dose absorb\u00e9e\u00a0et les patients utilisant d'autres anticonvulsivants faisaient office\u00a0de groupe t\u00e9moin. Une r\u00e9gression statistique, fonction\u00a0du temps, a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour \u00e9valuer le\u00a0risque relatif (RR) de d\u00e9velopper un\u00a0cancer. <\/span>\r\n\r\n<span lang=\"fr\"><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sultats:<\/span> Par rapport \u00e0 l'exposition aux anticonvulsivants, l'exposition au lithium a \u00e9t\u00e9\u00a0associ\u00e9e \u00e0 un risque de cancer nettement inf\u00e9rieur (RR = 0,735, IC 95%: 0,554-0,974). Les risques respectifs pour le premier, le deuxi\u00e8me et le troisi\u00e8me tiers des groupes constitu\u00e9s selon les\u00a0doses quotidiennes\u00a0cumul\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 de 0,762 (IC 95%: 0,516-1,125), 0,919 (IC 95%: 0,640-1,318) et 0,552 (IC 95%: 0,367-0,831). <\/span>\r\n\r\n<span lang=\"fr\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Conclusions:<\/span> Le lithium semble\u00a0associ\u00e9 \u00e0 une r\u00e9duction du risque global de cancer chez les patients atteints de trouble bipolaire. Une relation dose-d\u00e9pendante pour la r\u00e9duction du risque de cancer a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e. <\/span>\r\n\r\n<span lang=\"fr\">\u00a9 Le Coll\u00e8ge royal des psychiatres 2016.<\/span><\/pre>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette\u00a0s\u00e9duisante \u00e9tude est publi\u00e9e par une revue internationale de grande notori\u00e9t\u00e9. N\u00e9anmoins, des voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent pour mettre en exergue les limites de cette apparente d\u00e9couverte. Une fois de plus, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de conclusions tir\u00e9es h\u00e2tivement est remis en question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p>La publication est issue\u00a0<span style=\"font-size: 13.600000381469727px;\">du c\u00e9l\u00e8bre\u00a0<\/span><span style=\"font-style: italic; font-size: 13.600000381469727px;\">British Journal of Psychiatry,\u00a0<\/span>dans son num\u00e9ro de Novembre 2016. Tentons de comprendre les arguments avanc\u00e9s par les sceptiques. Entrons en d\u00e9tail dans les modalit\u00e9s de r\u00e9daction des r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\">\u00a0L&rsquo;\u00e9tude<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><u>Modes de recueils des donn\u00e9es et des r\u00e9sultats:<\/u><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lithium est le traitement standard de la bipolarit\u00e9. Son usage serait li\u00e9 \u00e0 un risque de cancer consid\u00e9rablement r\u00e9duit, d&rsquo;une fa\u00e7on dose-d\u00e9pendante.\u00a0<strong>Les chercheurs du \u00ab <em>College of Pharmacy <\/em>\u00bb de l&rsquo;Universit\u00e9 de Taiwan, ont ainsi constat\u00e9 une r\u00e9duction du risque de cancer, \u00e0 hauteur de 45%, chez les patients atteints de trouble bipolaire ayant re\u00e7u les plus fortes doses cumul\u00e9es de lithium<\/strong>. Cependant, certains experts s\u2019interrogent sur la m\u00e9thodologie utilis\u00e9e pour obtenir de tels r\u00e9sultats.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Nos r\u00e9sultats indiquent que l&rsquo;utilisation du lithium \u00e9tait associ\u00e9e \u00e0 une incidence globale plus faible de cancer chez les patients atteints de trouble bipolaire\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 le premier auteur Yi-Hsin Yang.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h4><\/h4>\n<h4><strong><u>M\u00e9canismes d&rsquo;action obscures:<\/u><\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le lithium est un inhibiteur de l\u2019enzyme GSK-3<\/strong> (glycog\u00e8ne synthase kinase-3). Les auteurs notent que <strong>GSK-3 joue un r\u00f4le important dans de nombreuses maladies. Il en\u00a0est\u00a0ainsi du cancer, des troubles immunitaires, des troubles m\u00e9taboliques, des maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives et autres maladies neuropsychiatriques.<\/strong> Cependant, les r\u00e9sultats de la recherche sur les effets de l&rsquo;inhibition de la GSK-3 ont \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent contradictoires. Certaines \u00e9tudes montrent une association avec la survenue de tumeurs et d&rsquo;autres en montrent une possible diminution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour mieux comprendre l&rsquo;effet du lithium dans le traitement des patients atteints de trouble bipolaire, les auteurs s&rsquo;\u00e9taient\u00a0tourn\u00e9s vers <strong>une base de donn\u00e9es recueillies en population g\u00e9n\u00e9rale<\/strong> par l&rsquo;assurance maladie de Taiwan. Ils ont identifi\u00e9 <strong>4729 patients<\/strong> majeurs, pr\u00e9sentant un trouble bipolaire. Parmi eux:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">370 (7,8%) utilisaient uniquement du lithium,<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">3250 (68,7%) utilisaient uniquement du valproate (un anticonvulsivant)<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">1109 (23,5%) utilisaient le lithium et l&rsquo;anticonvulsivant en association.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au total, 115 cas de cancer ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s chez ces patients.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Cette banque de donn\u00e9es a donc permis de comparer l&rsquo;incidence de survenue de cancers selon les traitements utilis\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong><u>R\u00e9sultats<\/u>:<\/strong><\/h4>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Dans le groupe des anticonvulsivants, 86 patients (2,65%) ont d\u00e9velopp\u00e9 un cancer au cours du suivi (soit 4,74 cas pour 1000 personnes-ann\u00e9es).<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Dans le groupe lithium (combin\u00e9 ou pas avec l\u2019anticonvulsivant) 29 patients (1,96%) ont d\u00e9velopp\u00e9 un cancer (soit 2,66 cas pour 1000 personnes-ann\u00e9es).<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les taux d&rsquo;incidence de cancers en \u00ab population bipolaire \u00bb \u00e9taient sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux observ\u00e9s dans le registre g\u00e9n\u00e9ral du cancer de Taiwan (2,55 \u00e0 4,00 pour 1000 personnes-ann\u00e9es). Ce r\u00e9sultat concorde avec des rapports pr\u00e9c\u00e9dents indiquant une incidence plus \u00e9lev\u00e9e de cancer chez les personnes atteintes de bipolarit\u00e9. Le temps m\u00e9dian de suivi variait de 5,2 ans pour le groupe des anticonvulsivants \u00e0 7,5 ans pour le groupe du lithium (+\/-anticonvulsivants).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong><u>Interpr\u00e9tations:<\/u><\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;exposition au lithium a donc \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 une r\u00e9duction significative du risque global de cancer<\/strong> par rapport aux sujets\u00a0qui ont utilis\u00e9 uniquement l\u2019anticonvulsivant (risque relatif = 0,735; intervalle de confiance \u00e0 95% [0,554 \u00e0 0,974]).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pour la dose cumul\u00e9e d&rsquo;exposition au lithium la plus importante<\/strong>\u00a0(dose recommand\u00e9e en lithium pendant 215 jours ou plus), il a \u00e9t\u00e9\u00a0observ\u00e9\u00a0un risque de cancer inf\u00e9rieure de 44,8% (RR = 0,552; IC \u00e0 95%: [0,367 \u00e0 0,831]) comparativement \u00e0 celui des personnes qui n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es que par l\u2019anticonvulsivant. <strong>Pour une lithi\u00e9mie efficace<\/strong> (dosages sanguins r\u00e9guliers) de 0,90 mEq\/l (preuve\u00a0de l&rsquo;adh\u00e9sion au m\u00e9dicament sur une\u00a0moyenne de 810 mg\/j de carbonate de lithium ou 1187,1 mg\/j de sulfate de lithium), un RR de 0,425 \u00e9tait relev\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Les patients bipolaires qui ont pris du\u00a0lithium \u00e0 posologie optimale auraient 57,5% moins de chances de d\u00e9velopper un cancer par rapport aux patients bipolaires qui ont pris\u00a0<\/strong><strong>seulement\u00a0<\/strong><strong style=\"font-size: 0.85rem;\">un anticonvulsivant\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 le Dr Yang.<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<h4><\/h4>\n<h4><strong><u>Limites<\/u><\/strong>:<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les utilisateurs du lithium, la tendance\u00a0\u00e0 la r\u00e9duction des risques de cancer s&rsquo;est manifest\u00e9e sur tous les types de cancers sp\u00e9cifiques r\u00e9pertori\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;exception des <em>cancers des os, de la peau et des tissus mous\/conjonctifs<\/em> (RR = 3.012, IC 95%: [0.798 &#8211; 11.365]) et des <em>cancers g\u00e9nito-urinaires<\/em> (RR = 1,014; IC \u00e0 95%: [0,472 &#8211; 2,179]). Bien que le risque plus \u00e9lev\u00e9 de cancer des os, de la peau et du tissu conjonctif soit surprenant, le Dr Yang consid\u00e8re\u00a0que:\u00a0<em>\u00abcompte tenu du nombre limit\u00e9 de cas de ces cancers, des \u00e9tudes futures seront n\u00e9cessaires pour confirmer ces r\u00e9sultats<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les patients du groupe lithium \u00e9taient plus jeunes que ceux du groupe anticonvulsivant<\/strong> (\u00e2ge m\u00e9dian, 38,5 vs 45,9). Bien que le taux de comorbidit\u00e9ss physique soit plus faible chez ces patients, comme le d\u00e9terminent les scores d&rsquo;indice de comorbidit\u00e9 de Charlson (P &lt;0,001), le taux de comorbidit\u00e9s psychiatriques \u00e9tait plus \u00e9lev\u00e9, \u00e0 l&rsquo;exception de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Etant donn\u00e9 que le lithium n&rsquo;est indiqu\u00e9 que pour le traitement du trouble bipolaire et des \u00e9pisodes maniaques, on sait peu de choses sur les effets de ce m\u00e9dicament sur le cancer en dehors de cette population. Le niveau de preuve chez les personnes atteintes de bipolarit\u00e9 est n\u00e9anmoins consid\u00e9r\u00e9e comme importante par l&rsquo;auteur. Toutes les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques ne montrent pas une augmentation de l&rsquo;incidence du cancer dans la population de bipolaires. Quand c&rsquo;est le cas, les auteurs attribuent cette augmentation \u00e0 divers facteurs annexes.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abLes patients bipolaires ont un mode de vie moins sain : le tabagisme et la consommation d&rsquo;alcool sont identifi\u00e9s comme des facteurs de risque \u00e9vitables pour le cancer\u00bb, pr\u00e9cise\u00a0le Dr Yang.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres part, la bipolarit\u00e9 d\u00e9clenche une r\u00e9ponse immuno-inflammatoire. Certains niveaux de marqueurs li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;inflammation sont augment\u00e9s. C&rsquo;est le cas de la CRP ultra-sensible et des antagonistes des r\u00e9cepteurs de l&rsquo;interleukine-1. Cet \u00e9tat inflammatoire pourrait pr\u00e9disposer les patients \u00e0 des maladies li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;immunit\u00e9 comme le cancer. En outre, certaines \u00e9tudes sugg\u00e8rent que les hyperprolactin\u00e9mies induites par les m\u00e9dicaments antipsychotiques pourraient \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;un risque accru de cancer hormonod\u00e9pendant f\u00e9minin, comme le cancer du sein dans la schizophr\u00e9nie f\u00e9minine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\"><u>Critiques de l&rsquo;\u00e9tude:<\/u><\/h4>\n<h6>Des pr\u00e9c\u00e9dents contradictoires<\/h6>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une pr\u00e9c\u00e9dente \u00e9tude, Anton Potteg\u00e5rd, professeur agr\u00e9g\u00e9 de pharmacologie clinique et de pharmacie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 du Danemark, \u00e0 Odense, a montr\u00e9 que l&rsquo;utilisation du lithium au long cours n&rsquo;engendrait pas un risque accru de cancer des voies urinaires sup\u00e9rieures. Il d\u00e9mentit ainsi une \u00e9tude de plus petite dimension qui supposait un risque accru de n\u00e9oplasie r\u00e9nale&#8230;<\/p>\n<h6>Un manque cruel de rigueur<\/h6>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant la pr\u00e9sente \u00e9tude,\u00a0le <strong>Dr Potteg\u00e5rd juge que la m\u00e9thodologie est fond\u00e9e, \u00e0 bien des \u00e9gards, sur de la pure sp\u00e9culation.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8rement, la constitution de groupes, selon le recours ou non \u00e0 un anticonvulsivant, est arbitraire comme le d\u00e9clare le pharmacologue \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.medscape.com\/viewarticle\/871898\">Medscape Medical News<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, la classification des personnes selon\u00a0la \u00abquantit\u00e9 totale de m\u00e9dicament absorb\u00e9e\u00bb pose probl\u00e8me. En effet, si une\u00a0personne est trait\u00e9e par lithium d\u00e8s\u00a02000, d\u00e9veloppe un cancer en 2002 et d\u00e9c\u00e8de 1 an plus tard, il y a nettement moins de chance qu&rsquo;elle ait\u00a0eu recours \u00e0 un anticonvulsivant sur un d\u00e9lai si cours. La probabilit\u00e9\u00a0de se voir classer au sein du groupe traitement mixte est bien moindre que si elle avait surv\u00e9cu jusqu&rsquo;\u00e0 2009 (derni\u00e8re ann\u00e9e de l&rsquo;\u00e9tude) ! C&rsquo;est un <strong>biais de s\u00e9lection<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Idem pour la constitution des groupes d&rsquo;individus selon la dose cumul\u00e9e de lithium absorb\u00e9e. Le fait de d\u00e9velopper un cancer (et d\u2019en mourir \u2026) induit de fait l\u2019arr\u00eat du traitement. Cela impacte donc sur la quantit\u00e9 de m\u00e9dicament totale prise par le sujet. Comme les individus sont class\u00e9s par rapport \u00e0 leur utilisation totale de lithium sur toute la p\u00e9riode de l\u2019essai, on va\u00a0d\u00e9placer (\u00e0 tord) les cas de cancer vers les strates \u00e0 faible consommation m\u00e9dicamenteuse. Les sujets appartenant aux cat\u00e9gories \u00e0 exposition\u00a0\u00e9lev\u00e9e sont peu susceptibles d\u2019avoir d\u00e9velopp\u00e9 un cancer, puisque c&rsquo;est l&rsquo;absence de cancer qui permet de vivre plus longtemps ! Leur survie jusqu&rsquo;\u00e0\u00a0la fin de l\u2019\u00e9tude leur permet\u00a0d&rsquo;entrer dans les strates d\u2019\u00e9chantillon \u00e0 forte utilisation de m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;interpr\u00e9tation r\u00e9elle des r\u00e9sultats de l&rsquo;\u00e9tude est, de fait, extr\u00eamement d\u00e9licate.<\/strong><\/p>\n<h6>Une incompatibilit\u00e9 avec des connaissances en oncologie<\/h6>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Dr Potteg\u00e5rd souligne que ce m\u00e9dicament ferait\u00a0preuve d\u2019un fort effet de\u00a0diminution global du risque de cancer (tout type confondu). Cela irait \u00e0 l\u2019encontre de nos connaissances actuelles sur le cancer, comme maladie tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une telle action sur les diff\u00e9rents types de cancer\u00a0n&rsquo;est, selon lui, tout simplement pas biologiquement plausible.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\">En conclusion<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>On est donc bien loin de pouvoir attribuer au lithium un statut de pr\u00e9vention dans la lutte contre les\u00a0cancers. Il est courant\u00a0d&rsquo;observer des\u00a0titres racoleurs pour introduire\u00a0des articles m\u00e9dicaux sans fondement, au sein des m\u00e9dias g\u00e9n\u00e9ralistes. Il est pr\u00e9occupant que des revues sp\u00e9cialis\u00e9es de renom publient\u00a0des \u00e9tudes aux conclusions si peu exploitables.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;\u00e9num\u00e9ration\u00a0de ces biais m\u00e9thodologiques et statistiques peut paraitre relativement indigeste et bien ennuyeuse. Elle reste pourtant n\u00e9cessaire. C&rsquo;est le seul moyen de pond\u00e9rer le cr\u00e9dit \u00e0 accorder\u00a0aux informations dites \u00ab\u00a0scientifiques\u00a0\u00bb qui nous parviennent r\u00e9guli\u00e8rement.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Choisirunmedecin<\/em> en livre ici une nouvelle illustration. Esp\u00e9rons\u00a0que cela ne d\u00e9couragera\u00a0pas les lecteurs sceptiques mais les encouragera, au contraire, \u00e0 cultiver l&rsquo;<em>Art du doute&#8230;<\/em>\u00a0fut-ce m\u00eame \u00e0 l&rsquo;aide de glyphosate. ?<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Malgr\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9niables progr\u00e8s, la m\u00e9decine reste dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;expliquer avec pr\u00e9cision\u00a0les m\u00e9canismes d&rsquo;action qui sous-tendent\u00a0certains de ses traitements. Nombreux sont pourtant reconnus comme efficaces. Par ailleurs,\u00a0bien des maux demeurent le champs d&rsquo;investigations \u00e0 la recherche de\u00a0leur\u00a0talon d&rsquo;Achille. Les \u00e9tudes alors men\u00e9es r\u00e9servent parfois des d\u00e9nouements inattendus, des conclusions impr\u00e9vues,<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1783,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[84,149,55,150],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1748"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1748"}],"version-history":[{"count":73,"href":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1748\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2161,"href":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1748\/revisions\/2161"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1783"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1748"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1748"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.choisirunmedecin.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1748"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}